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Citoyenneté canadienne par filiation (loi C-3) : la preuve, maillon par maillon

  • Patrice Bourque
  • 39false06 GMT+0000 (Coordinated Universal Time)
  • 4 min de lecture


Depuis la mi-juin 2026, plusieurs personnes qui avaient obtenu un certificat de citoyenneté canadienne par filiation ont reçu une lettre leur demandant de le restituer, le temps d'une révision de leur dossier (situation d'abord rapportée par CBC News). La nouvelle a inquiété, à juste titre. Mais elle ne remet pas en cause la légitimité de ces ascendances. Elle pose une question plus précise, et qui touche au coeur de mon métier : la chaîne de filiation a-t-elle été prouvée avec des documents vérifiés et authentifiés, génération par génération.


Ce que la loi exige réellement

La loi C-3, entrée en vigueur le 15 décembre 2025, a retiré la limite de première génération. Pour une personne née avant cette date, la citoyenneté est reconnue de façon automatique et rétroactive, à condition de pouvoir établir une chaîne ininterrompue jusqu'à un ancêtre canadien. On ne demande donc pas une attribution de citoyenneté, mais une preuve d'un statut déjà détenu : c'est l'objet de la demande de certificat de citoyenneté auprès d'IRCC.

Le mot important est preuve. IRCC l'a redit clairement : avoir une ascendance canadienne ne donne pas automatiquement droit à la citoyenneté. Il faut établir la suite des liens parent-enfant à travers chaque génération, et l'appuyer sur des documents solides. Concrètement, cela signifie des copies certifiées émises directement par l'autorité qui détient l'acte original : un bureau d'état civil provincial, un registre civil, ou un service d'archives reconnu comme Bibliothèque et Archives nationales du Québec.


Pourquoi des dossiers solides en apparence sont recalés

La plupart des certificats aujourd'hui en révision avaient été montés sans accompagnement, à partir de sites de généalogie grand public. Ces plateformes, qu'il s'agisse d'Ancestry, de FamilySearch ou de GenealogyQuebec, sont d'excellents outils pour localiser un acte, repérer la bonne paroisse, confirmer un lien. Mais une capture d'écran ou une entrée d'index ne constitue pas une preuve recevable. IRCC demande la copie conforme à la source, pas le résultat d'une recherche.

C'est exactement la frontière où un dossier bascule. Trouver l'acte est une chose; obtenir la copie certifiée de l'autorité qui le conserve, puis l'intégrer dans une chaîne cohérente, en est une autre.


Un acte manquant n'est pas une impasse

Il arrive qu'un acte de naissance n'existe tout simplement plus, ou n'ait jamais été enregistré. Ce n'est pas une fin de parcours. La loi accepte une preuve alternative, évaluée selon la prépondérance des probabilités, pourvu qu'elle soit correctement sourcée. Selon le cas, cela peut comprendre :


  • un acte d'hôpital, de médecin ou de sage-femme

  • un acte de baptême

  • une mention au recensement

  • un manifeste de navire


Mais il y a une condition que beaucoup négligent : il faut documenter la démarche. Une lettre d'un service d'archives attestant qu'aucun acte n'existe n'est pas un échec, c'est une pièce de preuve à part entière, qui montre que la recherche a été menée jusqu'au bout. C'est ce qu'on appelle une preuve négative, et bien construite, elle soutient la chaîne au lieu de l'affaiblir.


La force d'une chaîne se mesure à son maillon le plus faible

C'est le principe qui guide toute ma pratique. La valeur probante d'une filiation n'est pas une moyenne. Une chaîne de six générations dont cinq maillons sont impeccables et un seul fragile ne vaut pas les cinq sixièmes de sa force; elle vaut la solidité de ce maillon fragile. Un dossier défendable, c'est donc un dossier où chaque lien parent-enfant est établi par une source certifiée, où les écarts sont comblés par une preuve alternative correctement sourcée, et où chaque lacune fait l'objet d'une démarche documentée.

C'est précisément ce travail, maillon par maillon, que produit la méthode LINEAPROOF : une chaîne de filiation certifiée, traçable, et bâtie pour résister à l'examen.


La preuve documentaire n'est pas un avis juridique

Une précision essentielle. Tout ce qui précède concerne la preuve généalogique et documentaire. Ce n'est pas un avis juridique. Si vous avez reçu une demande de restitution de votre certificat, la première chose à faire est de consulter un avocat en immigration agréé, et de ne rien restituer sans ce conseil. Mon rôle n'est pas de plaider votre dossier, mais de fournir l'épine dorsale probatoire sur laquelle votre avocat et vous pourrez vous appuyer : une preuve de filiation rigoureuse, sourcée et opposable.


À retenir;

La leçon de ces dernières semaines n'est pas qu'il faille craindre la loi C-3. C'est que la citoyenneté par filiation se gagne sur la qualité de la preuve, et que cette preuve se construit avec méthode. Si vous, ou un client que vous accompagnez, avez besoin d'un dossier de filiation qui tienne la route, c'est exactement ce que je fais.


Sources

  • Gouvernement du Canada, IRCC. Changements apportés aux règles de citoyenneté en 2025 (projet de loi C-3, en vigueur le 15 décembre 2025). https://www.canada.ca/en/immigration-refugees-citizenship/services/canadian-citizenship/act-changes/rules-2025.html

  • IRCC. Guide 0001 : Demande de certificat de citoyenneté (preuve de citoyenneté), publié sur canada.ca.

  • CBC News. Reportage sur la suspension des certificats de citoyenneté (Lost Canadians), juin 2026. https://www.cbc.ca/news/politics/canadian-citizenship-certificate-suspensions-9.7235451


Cabinet généalogique Bourque, LINEAPROOF, genealogiste.ca. Certification, filiation, preuve.

 
 
 

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